ccc od ccc od

Olivier Debré

Un voyage en Norvège

11 mars 2017 - 17 septembre 2017


Olivier Debré a énormément voyagé ; l’une de ses destinations récurrentes était la Norvège. Pourtant, c’est dans la Loire qu’il trouve un point d’ancrage immuable, la quittant pour toujours y revenir.

« Ce pays [la Touraine] est, pour Debré, une terre d’élection. Non seulement il y a ses racines, mais il s’y ressource entre deux voyages ; il est viscéralement lié à ce fleuve majestueux dont il a peint d’innombrables ‘portraits’. » (Cabanne, Pierre, Olivier Debré, Paris, Cercle d’art, 1991, p.48).

Niveau 1 : espace central

Parmi les peintures réalisées lors de ses multiples voyages en Norvège, il était nécessaire de présenter un tableau de Loire, paysage mental central dans le travail de Debré. La galerie blanche accueille ainsi une huile sur toile monumentale : Gris bleu, taches bleues de Loire (1990, huile sur toile, 370 x 915 cm, Collection Banque européenne d’investissement, Luxembourg). Elle avait été commandée à Debré par le CCC pour une exposition qui eut lieu durant l’été 1991 ; elle appartient donc au même ensemble que les cinq toiles aujourd’hui conservées au cccod. Elle incarne ainsi un retour symbolique à la Loire et au centre d’art après un long voyage. Cette grande toile bleue, immédiatement visible, met en évidence la différence d’échelle par rapport aux autres toiles.

L’une des premières œuvres norvégiennes que l’on aperçoit en entrant dans l’espace d’exposition est bleue elle aussi. Mesurant un mètre de côté, elle est représentative des toiles de voyage. De plus, datée de 1971, elle matérialise le premier voyage pictural de Debré en Norvège.

Bien que l’artiste entretienne dès 1964 une correspondance régulière avec la galerie Haaken d’Oslo et qu’il y expose en 1966, 1968 et 1970, il peint pour la première fois en Norvège en 1971. La galerie Haaken organise en 1972 une exposition des œuvres produites durant ce voyage. Les titres des tableaux et la presse nous en apprennent davantage sur les endroits visités par Debré. À la presse norvégienne, il confie : « Je suis allé trois fois en Norvège l’an dernier, à Pâques, en mai et en août. Je suis allé à Rauland, à Sunndalsøra, dans les îles Lofoten et dans beaucoup d’endroits, mais Kvænangen est ma préférée parmi les perles norvégiennes ! » (Verden Gang, 21 février 1972). Ces destinations indiquent plutôt un voyage au Nord, et même jusqu’à l’extrême Nord, notamment aux îles Lofoten qui forment la pointe du Nordland. D’après la presse, Debré aurait aussi visité Nordkapp, ville la plus septentrionale du continent européen.

En pénétrant dans la salle centrale de la galerie blanche, on retrouve trois couleurs principales : le bleu, le noir et le blanc.

« Vous dîtes ‘Bleu’ et je sens une légèreté qui me teinte et m’enveloppe. Le Bleu, originellement et définitivement, dans sa nature même, est marqué par le ciel. Son essence même reste aérienne. […] C’est la plus irréelle des couleurs – la plus abstraite – (après le blanc et le noir) opposée à la lourdeur de la terre c’est la plus proche de la pensée du mot et de l’écriture. » (archive manuscrite de Debré sur le bleu, vers 1979, collection particulière)

Ce sont les couleurs les plus abstraites selon Debré, les plus immatérielles et spirituelles. La série des toiles bleues et noires a été peinte le soir à « Lysne », propriété familiale des Astrup dans la vallée de Lærdal. Pour le peintre, cet endroit représente la même chose que ce que la Loire est au monde : un refuge, un point de départ et de retour constant. Il y rentrait chaque soir après ses excursions picturales à travers la vallée, le fjord et les montagnes. Logiquement, les toiles réalisées ici sont toutes des peintures sur lesquelles s’inscrivent un bleu nocturne et immatériel. Elles présentent la même composition générale et des camaïeux évoquant le crépuscule.

La dernière série présentée dans cette salle est encore plus immatérielle, se confondant avec l’architecture. Les blanches d’hiver, réalisées à Oppdal en 1979 et à Sletthallen en 1988, résultent des multiples confrontations de Debré à la neige. Il expérimente une multiplicité de nuances de blanc et travaille énormément sur le traitement de la matière. Certaines surfaces, plus douces et crayeuses que d’autres, évoquent la neige poudreuse et immaculée, éclairée par la lueur du soleil couchant. D’autres, plus froides et bleutées rappellent davantage la glace.

Niveau 1 : galerie Est

Cette salle est consacrée à la présentation plus intime d’une série de stavkirke, motif récurrent à partir de 1990. Ce sont de petites églises traditionnelles en bois, caractéristiques des campagnes norvégiennes. Certaines de ses toiles s’inspireront aussi des hytte, cabanes de bois très répandues dans le pays. La série présentée dans l’exposition est comparable à un carnet de croquis ou à un ensemble de cartes postales. Ces études, fidèles au motif observé, sont d’une étonnante singularité au sein de l’ensemble de la production picturale de Debré. Parmi les premières toiles faisant référence à la stavkirke, l’église est dominée par le paysage et n’apparaît que comme un détail parmi les larges traînées de couleurs d’automne. Au fil des années, l’évocation devient un véritable motif, de plus en plus autonome et imposant, s’inscrivant au centre de la composition.

Niveau 1 : galeries Sud et Nord

Au caractère immatériel du bleu, Debré oppose la « lourdeur de la terre », autrement dit, la matérialité de la nature, sa réalité concrète. Ce contraste, établi par l’artiste entre les couleurs et leurs significations, est mis en scène dans l’exposition. Encadrant l’espace central, les petites galeries proposent la découverte du paysage norvégien : les forces telluriques à l’œuvre au cœur de la montagne, les ocres, les bruns, les variations spectaculaires des couleurs de la nature lors des changements de saison. On est plongé d’emblée dans le paysage, environné de toiles dans lesquelles les tons terreux ou automnaux sont modulés par le geste qui esquisse parfois le versant d’une colline, ou un col à travers lequel filtre la lumière du soleil. Cet ensemble met en évidence un réel mimétisme avec les formes naturelles observées à de nombreuses reprises au fil des années. Il offre au spectateur une déambulation dans les zones les plus reculées et sauvages de Lærdal.

Niveau 2 : galerie Est

À l’étage, la déambulation se poursuit dans l’archipel de Svanøy, plus au Nord, sur les côtes déchiquetées de la Norvège. Les toiles de Svanøy permettent d’imaginer l’élément maritime à travers des tonalités de bleu outremer. Debré a retranscrit les différentes humeurs de l’eau, tantôt fluide, tantôt aussi solide qu’un mur et ourlée d’une écume épaisse.

Niveau 2 : galeries Sud et Nord

On est enfin plongé dans les atmosphères de Lærdal. Les toiles s’écartent ostensiblement du motif et du paysage pour s’intéresser davantage aux sensations de l’artiste lorsqu’il peignait en pleine nature. On s’imprègne par exemple de l’atmosphère magnétique de certains soirs d’orage. Sujet aux intempéries, aux brusques changements climatiques propres aux contrées montagneuses, Debré tentait d’emprisonner dans la peinture ces détails impalpables qui appartiennent au domaine de la sensibilité. En observant certaines de ses toiles, on perçoit l’éclat de la végétation frappée par le soleil après la pluie ou encore la légère brume du matin.

L’exposition rend compte de certains sujets récurrents qui révèlent ce qui a le plus touché, le plus impressionné l’artiste. Les toiles se confondent indiscutablement avec les voyages dont elles furent l’objet, avec les trajets et les habitudes peu à peu prises par Debré dans ce pays.